Journée printanière. Beau soleil, en ce jeudi 10 mai. Amizour se réveille. La veille, un groupuscule de jeunes enfants est sorti dans la rue, a renversé quelques poubelles au milieu de la chaussée, Boulevard Colonel Amirouche. Le siège du FFS a fait l’objet d’une visite nocturne. L’interrogation reste entière sur les commanditaires.
Les bureaux de vote ouvrent à 8 heures, le vote peut commencer mais peut aussi »attendre »… Au niveau du centre des 12 classes, c’est le calme plat. Ça ne se bouscule pas au portillon. Les agents de sécurité sont omniprésents. Ce n’est que vers midi que les citoyens commencent à sortir de leur torpeur. D’aucuns ont décrié la prolifération des listes. « 42 listes! » s’exclame un jeune qui venait de voter en exhibant son indexe gauche trompé d’encre indélébile « spécial élection », comme parade contre levote double. « Ça vote n’importe comment, du « t’maskhir », plaisante-t-il et d’ajouter: « Pour prendre tous les bulletins, faire le tri, voter et émarger, il m’a fallu presque 5 minutes ».
Est-ce que l’électeur doit prendre tous les bulletins exposés sur les tables ou, uniquement, celui de la liste pour laquelle il a l’intention de voter? », interrogeons-nous un responsable d’un centre de vote. Hésitation. « Normalement, il doit prendre tous les bulletins et faire son choix à l’intérieur de l’isoloir, mais, instruction nous a été donnée de laisser le choix aux électeurs. » C’est le vote à l’algérienne!
En milieu de journée, des « informations » font état de certains dépassements au niveau du centre de vote 600/200, en faveur d’une liste indépendante. Info ou intox? Joint par téléphone, un membre de la CCISEL nous a confié qu’il y avait effectivement un regroupement de quelques personnes à l’entrée du centre « chargées d’orienter » certains électeurs notamment parmi la gent féminine. » Un phénomène déjà observée lors des élections locales de 2007. A Merdj-Ouamane l’on nous a signalé une violente dispute entre un observateur d’un parti politique et le chef du centre de vote auquel il a été fait remarque r la présence anormale du staff de l’APC dans un bureau de vote. Dans un bureau au niveau du centre Ecole primaire Chahid Maouchi Md. Ameziane, il a été signalé le nom d’une femme décédée, non rayée des listes. Il doit y en avoir de nombreux cas « comme ça » à travers les 8 centres de vote que compte la commune.
L’heure fatidique approche. 19 heures. « C’est maintenant, le dépouillage », vocifère un jeune, en courant dans tous les sens. « Non c’est le dépouillement« , rectifie un agent de sécurité posté à l’entrée. L’abstention aura été forte dans la commune d’Amizour. Sur les 21295 inscrits sur les listes électorales, seulement, 5203 se sont déplacés aux urnes, soit un taux de participation de 22,10. Les procès verbaux consignant les résultats définitifs n’ont été établis et remis aux représentants des candidats que le lendemain (vendredi) à 4 h du matin. Le procureur chargé de la supervision de l’opération au niveau de la commission communale des élections a exigé la réfection des PV parvenant des centres vote et qui n’ont noté que les listes ayant obtenu des voix. Tous doit être refait ou complété.
Le vote, ou plutôt l’abstention aura profité à la liste présidée par Settar Moussaoui, sous la bannière du Rassemblement Algérien, et qui a fait le plein parmi ses réseaux familiaux. »C’est clair, c’est un vote purement familial, sans aucun encrage politique, c’est pas sérieux! « , fulmine un militant du Parti de Louiza Hanoune (PT) qui n’enregistre que 49 voix. La liste indépendante « Wafa » menée par le député sortant Meziane Belkacem, n’a enregistré que 755 voix des suffrages et out dans les autres localité. « C’est la première bonne nouvelle de la soirée », jubile un jeune de la localité de Boukhalfa, « Belle et rebelle » où le taux d’abstention aura été le plus fort et où, dès les premières heures du vote, un groupe de jeunes a tenté d’empêcher le déroulement du scrutin. La situation s’est apaisée, fort heureusement.
Côté partis politique, le FFS, malgré toutes les difficultés liées aux préparatifs et une campagne plutôt timide, se maintient comme première force politique dans la commune, suivi du MEN avec 410 voix. Le FLN et le RND, enregistrent un net recul si l’on considère les élections précédentes, avec, respectivement 259 et 175 voix. Le PST, dont la liste est présidée par l’actuel maire de Barbacha, Sadek Akrour, recueille 412 voix. Commentant les premiers résultats, le président d’un centre de vote dira que les voix recueillies par le FFS, le FLN le RND le MEN et le PST valent plus que celles obtenues par des listes qui ont fait leur compagne sur des considérations familiales et tribales. « C’est malheureux pour la démocratie et la politique! » déplore-t-il.
S’agissant des résultats au niveau de la wilaya, si l’information donnant le FFS vainqueur se confirme, les chiffres, en revanche se multiplient et se contredisent. En attendant une confirmation officielle, la liste FFS présidée par le Docteur Derguini rafle la majorité des sièges 7, suivi du FLN crédité de 4 sièges et du RND qui en obtient 3. Une autre combinaison donnerait 6 sièges pour le FFS, 3 pour le FLN, 2 pour le pour le RND et 1 pour le PT. En milieu de journée, les chiffres définitifs tombent. Le FFS s’impose à Béjaia avec 7 sièges. Le FLN et le RND se partagent les 5 autres, respectivement 3 et 2 sièges.
En attendant, la démocratie aura été victorieuse, les listes fantaisistes et de complaisance auront été sanctionnées à Béjaia et le politique doit reprendre ses droits…
Mots de Tête d’Algérie (Mise à jour à 18 h)