+Amizour/Théâtre à la Maison de Jeunes: « Innayi jeddi » ou l’Histoire revisitée, de la troupe Machaho (Iferhounène)
Malgré une programmation « impossible », coïncidant avec la retransmission du match JSK – DCMP et une salle qui n’offre pas toutes les commodités de confort par cette canicule, la Maison de jeunes et l’Association « Artis » ont permis à un public nombreux de passer une soirée théâtrale fort sympathique, animée par la troupe amateur de la Coopérative Machaho d’Iferhounène (Tizi-Ouzou), dans une pièce intitulée « Yannayi Jeddi » (Mon grand-père m’a conté… )
Une pièce historique, épique et à mettre même dans le registre chorégraphique, puisque la poésie et le chant se taillent la part belle du spectacle. « Innayi Jeddi, l’histoire revisitée… Celle de l’Algérie, et voulue en opposition avec l’histoire « officielle, celle enseignée dans les manuels scolaires à nos enfants », avertit Houche Abderahmane, l’auteur et metteur en scène de la pièce, avant le début du spectacle.
Une inspiration d’un livre de Kateb Yacine, la pièce passe en revue les principales grandes étapes de l’Histoire de l’Algérie, « celle qu’on occulte à nos enfants », tient à souligner Houche. Les résistances du peuple algériens à toutes les invasions et à tous les colonialismes. De la Numidie, à l’empire romain, la la kahina et à Okba Ibn Nafaâ, en passant par l’empire ottoman, jusqu’à la colonisation française. S’en suivra l’Algérie post-indépendance et les évènements souvent tragiques qui ont jalonné son histoire (contemporaine): L’exercice du pouvoir, de Benbella à Bouteflika, le rôle de l’armée dans la vie politique, les évènements tragiques qui ont marqué le pays: 1980, 1988, « l’ouverture » démocratique , « les décennies noires »… Une façon de dire qu’ « un peuple qui oublie son passé se condamné à le revivre« , selon la fameuse sentence de Winston Churchill.
Quelques anachronismes et incohérences sont venus dérouter les spectateurs avertis. Abordant les assassinats politiques, depuis le Mouvement national à nos jours, il a été cité Kateb Yacine et Mouloud Mammeri et l’on sait que le premier est mort des suites d’une longue maladie à Grenoble (France) et Mammeri a péri dans un accident de la route… L’on pensait, et il aurait été plus judicieux , d »évoquer leur autre « mort »: Les persécutions, les interdictions dont ont été frappés les rares intellectuels qui ont défié le régime en place. Une autre incohérence, et non des moindres, doit faire réfléchir autant l’auteur de la pièce que les comédiens eux-même. Les évènements d’Avril 80, communément désignés par le Printemps berbère ou amazigh, dans la pièce, ils sont curieusement « baptisés » « Tafsut n’ Tizi- Ouzou », ce qui ne plairait sans doute pas à Mouloud Mammeri ni à Kateb Yacine…
Si le jeu de quelques comédiens et comédiennes, notamment celle qui a campé le rôle de la Kahina magistrale et émouvante, a compensé de nombreuses imperfections autant sur le fond (texte, dialogues qui manquent quelque peu de profondeur) que sur la forme, Innayi jeddi qui constitue, sans conteste, un précieux matériau pédagogique et didactique de transmission de l’histoire sans censure, gagnerait certainement à être « revisitée ».
Mots de Tête d’Algérie
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