• Accueil
  • > Archives pour février 2013

Archive pour février, 2013

+ Canal citoyen de proximité: Entretien avec Brahim Khireddine, président de l’association « Artis »

Image de prévisualisation YouTube

+ Abderrahmane Bouguermouh tire sa révérence à l’âge de 77 ans: « La Colline oubliée » se souviendra de lui …

+ Abderrahmane Bouguermouh tire sa révérence à l'âge de 77 ans: « La Colline oubliée » se souviendra de lui … dans Actu d'Ici 59153a37-150x150« La Colline oubliée » se souviendra de lui …

C’est Steven Soderbergh, un réalisateur américain qui disait : » Un cinéaste se trouve face à trois options: embrasser le système et en devenir l’esclave, l’ignorer et le combattre, ou l’utiliser à son avantage. » Lui, il ne l’a, ni embrassé ni utilisé à son avantage. Il est resté lui-même. Un artiste qui avait la culture du « non », comme disait Kateb Yacine, à propos de l’intellectuel vrai.

Le cinéaste Abderrahmane Bouguermouh, tire sa révérence. Triste nouvelle. Il y a quatre jours, un ami passionné de cinéma et moi l’évoquions au cours d’une discussion sur le 7e art.

 J’ai eu l’occasion et le privilège de le connaître, alors que j’étais correspondant à un quotidien national. Il m’avait accordé une interview, vers les années 91/ 92 (je ne me rappelle pas exactement de l’année.)

Pour le rencontrer, j’ai du passer par un responsable du centre culturel d’Ighzer Amokrane ‘Ouzellaguen qui a eu la gentillesse de m’accompagner chez le cinéaste. Il est venu à notre rencontre, souriant. Lorsque je me suis présenté et lui ai expliqué l’objet de ma « visite », il a tout de suite accepté. Nous nous sommes rendus dans un café qui se trouvait à quelques mètres de sa maison.

Une fois attablés, j’avoue que j’étais un peu gêné, parce que je ne donnais pas l’air de quelqu’un venu réaliser une interview. Il faut dire que j’étais dans une tenue quelque peu négligée, « débraillée ». Ca ne faisait pas « sérieux ». C’était l’été. Mais il m’avait tout de suite mis à l’aise. Il nous a commandé des boissons et j’en profitai pour fouiller dans ma cervelle de correspondant « débarqué » pour trouver des mots à ma première question. Celle qui me permettrait de structurer l’entretien avec ce monument du 7e art. J’ouvre mon bloc-notes, tout tremblant. Il suit tous mes gestes. Je crois qu’il s’attendait à ce que je lui tende un dictaphone…

Ca y est, la première question arrive et l’interview coule comme un long fleuve tranquille. Tout ouïe, je le fixais des yeux à croire que j’étais là-bas pour dessiner son portrait. Je m’efforçais de noter le moindre mot. Je ne devais rater aucune information pour les besoins de mon papier. Son itinéraire, son œuvre, le cinéma en Algérie, gloires et décadences, ses projets cinématographiques… Mouloud Mammeri, Ahmed Rachedi et … l’Opium et le bâton, La colline oubliée, une œuvre de Mammeri qu’il finira, malgré tout, malgré les « résistances », par porter au cinéma, en 1996.

A la fin de l’entretien, je relis mes notes et sollicite son avis sur le titre que je mettrais à l’interview… Il me répond par un regard comme pour me dire: c’est toi l’auteur de l’interview » et je réplique:

-          Monsieur Bouguermouh, que pensez-vous de  » Un cinéaste sans film ? »

-          Oui, approuve-t-il, sans la moindre hésitation, ça marche ! »

En fait, pour tout dire, cet intitulé, je l’avais déjà préparé et mis en réserve dès les trois premières questions. A l’époque, le cinéaste n’avait pas encore réalisé « La Colline oubliée », un projet qui lui tenait à cœur. A travers ses propos, l’artiste laissait transparaître une certaine déception, une profonde amertume en évoquant le traitement qui lui était réservé en tant que cinéaste marginalisé, ne cadrant pas avec « le cinéma » officiel, les scenarios ficelés d’avance. Deux jours après, entretien avec Abderrahmane Bouguermouh: « Un cinéaste sans film »,  en pages « culture » du quotidien. Je ne l’ai pas revu pour lui demander ce qu’il pensait de l’article.

Jusqu’à ce jour, j’éprouve toujours la même « fierté », non pas d’avoir mon nom au bas du papier, mais pour avoir « permis », peut-être, quelque part, au cinéaste de crier sa colère et de pousser un coup de gueule. Je garde de lui le souvenir d’un homme généreux, sympathique, celui d’un artiste cinéaste humble, souriant, attentionné,  au regard généreux et lumineux. Jaloux de son indépendance artistique et intellectuelle. Un artiste accompli.

Au fil de notre discussion, il m’avait « confié » quelque chose à propos du film « L’Opium et le bâton », réalisé par Ahmed Rachdi. Il m’avait gentiment demandé de ne pas insérer l’information dans mon papier. J’ai respecté son vœu.

Je remuerai ciel et terre pour retrouver le papier en question, le faire partager. Lui rendre hommage après sa mort comme je l’ai fait de son vivant.

Mes sincères condoléances à sa famille.

Razen

KeepOpen |
quand j'ai la parole ... |
Copro89 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ZEN D ESPRIT
| Le blog du syndicat FO de D...
| les sociologues masqués