8 janvier, 2010
+ Nouvelle: L’arbre qui cache la forêt…
Mon fils devient insupportable ! J’ignore pourquoi, mais à chaque fois que je lui demande de justifier une des ces mémorables et innombrables bêtises, il me répond: « parce que… » Moi je lui dis parce que quoi et lui, il continue à me répéter « parce que…je … » sans jamais aller au fond de sa pensée, quand il lui arrive d’en avoir une. Au fond de moi-même, je sais que quelque chose de grave est arrivé. Quelque chose qu’il va mettre dans son « palmarès. »
Cette fois, il se décide à tout m’expliquer :
- « Voilà, parce que… parce que… Et d’abord pourquoi tu veux toujours tout savoir ? »
Catastrophe ! – Mais parce que je suis ton père, ben voyons ! Monsieur n’aime pas que son père sache ce qui peut se passer dans cette maison, ma maison ! Tu vois ! Moi j’ai répondu à ta question. Pourquoi tu ne fais pas autant ?
En attendant qu’il fouille dans sa tête pour trouver des mots sensés pour se défendre et, comme par hasard, j’ouvre la fenêtre qui donne sur le jardin pour « respirer » un coup et là, autre catastrophe ! Malheur ! Catastrophe écologique ! J’ouvre bien les yeux pour voir si ce que je vois ou, plutôt ce que je ne vois pas, est bien réel… Le grand et bel arbre que mon père a planté, il y a presque cent ans, oui ! Je dis bien cent ans, n’était plus là. Je rêve ou quoi ? Hélas ! Ce n’était pas un rêve mais un cauchemar …
- Alors petit, tu as quelque chose à avoir avec cette disparition ?
- Ok, p’a, à plus, je dois aller jeter la poubelle, enfin sortir la poubelle, si tu préfères…
- Pas si vite p’tit, je préfère que tu me dises quelque chose sur cette disparition…
- Quelle disparition ? Pourquoi ? Comment ? Quand ? Où ? Quoi… Mais ou et donc or ni car ?
Mon Dieu ! Dois-je rire ou pleurer de ce garçon qui me récite ses leçons comme un perroquet ? Il a toujours cru que c’est une phrase interrogative, le pauvre ! Mais où est donc mon arbre ?
Et le tueur des arbres commence à me sortir tous ces mots interrogatifs qu’il venait d’apprendre en cours de français…Mon fils est un génie car, quand je lui pose une question il me répond par une autre question. Super !…génial ! Une machine à fabriquer des questions.
- Ah ! L’arbre ? Mais il y a plein d’arbres dehors, p’a. J’ai une explication…Mais comme je te connais bien, alors…
- Comment ça tu me connais bien ?
- Oui, puisque je suis ton fils…Donc tu es mon père.
Bravo ! Monsieur sait exprimer la conséquence ! Monsieur est capable de faire la relation entre les choses ! Applaudissements pour le champion des « belles » conséquences … Descartes va se retourner dans sa tombe ! Je te rappelle qu’on ce moment nous sommes entrain de chercher la cause…
- Il faut savoir ce que tu cherches p’a, la cause ou l’arbre… D’ailleurs, l’arbre, il était là, hier, je l’ai croisé en rentrant de l’école… Il avait des invités, trois ou quatre moineaux, un pigeon et c’est bizarre !
- Qu’est-ce qui est bizarre, p’tit ? Que l’arbre ne soit plus à sa place habituelle ?
- Non, un pigeon sur un arbre, t’as déjà vu cette espèce d’oiseau sur un arbre. Ils sont malins les pigeons.Ils passent la nuit sur les toits des maisons en laissant leur fiente sur place et ils passent leurs journées à se balader dans les airs et à faire des escales sur cet arbre, enfin, sur les arbres… Tu vois, p’a, je pense que…
- Ah, bon ! Parce que tu penses, toi ? ! Moi je pense que tu ne penses pas ! Ton cerveau ne fonctionne que pour imaginer des stratégies de catastrophes…
Ainsi, de fil en aiguille, de cause à effet, d’un « parce que » à l’autre, j’arrive à faire avouer à mon fils la raison de la disparition.
- Tu vois p’a, il suffisait d’être patient…Comme dit le proverbe : « Petit à petit, l’oiseau fait son nid. »
- Ecoute p’tit ! là, maintenant, il n’y a ni arbre, ni nid ni l’oiseau…
Au fait savez-vous pourquoi mon fils a coupé cet arbre centenaire ? Chut ! Vaudrait mieux pas le savoir, parce que… La bonne nouvelle, est qu’il n’a pas renversé la poubelle. J’ai pu constater cela, à travers la fenêtre puisque l’arbre, le pauvre arbre, n’était plus là pour m’empêcher de voir l’homme futur dans toutes ses contradictions et son égoïsme … De l’autre côté de la rue, un bâtiment fait face à la maison…
Razen (Inspirée d’un fait réel)
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